KDD : UNE COULEUR DE PLUS AU DRAPEAU

Le retour sur la scène hip-hop du Kappa Double Delta semblait terminée, après le fiasco total du premier album sorti en 1995, suivi de Résurrection, révélateur du groupe au grand public, mais terni par un single jugé trop commercial : Une princesse est morte. Et pourtant, le Kartel Double Détente nous revient en force avec un nouvel album, Une couleur de plus au drapeau, marqué par le style conscient et agressif des Toulousains…
Le crew toulousain est donc composé de cinq membres : les rappeurs Dadou, Diesel et Hermann, le réalisateur-concepteur Robert (de Negro) et enfin le concepteur musical : Lindsay.

Leur troisième album est désormais dans les bacs, et la différence avec le précédent est énorme : le flow de chacun des MCs a évolué (dans le bon sens heureusement) pour arriver à des "gymnastiques" lyricales surprenantes, des enchaînements super rapides, des jeux de mots, des renvois d'un rappeur à l'autre, des répétitions, etc. Preuve en est l'un des morceaux les plus réussis de l'album : Qui tu es ? dans leqeuel Diesel et Dadou se renvoient les rimes sur un rythme avoisinant les 140 BPM ! Le sujet traité dans ce titre est celui des flics profitant de leur statut de forces de l'ordre : "pose ta plaque et ton pistolet"

En cinq années, les rappeurs ont changé, et la musique avec, qui se veut désormais plus percutante (Qui tu es ?) sans perdre pour autant de sa mélodie, comme dans Le Geste, avec un sample mélancolique parfaitement adapté… Cinq années qui ont permis a l'ensemble du groupe d'acquérir une certaine maturité dans leurs textes dont les thèmes sont toujours traités avec recul et méthode, expériences personnelles à l'appui. Comme par exemple, 9 mois qui reprend le même thème que le titre IVG des Lyonnais IPM, c'est-à-dire l'avortement. En effet, Dadou se confesse d'avoir pris la décision de ne pas avoir gardé l'enfant que portait sa copine : "9 mois pour être un homme c'était trop pour moi". A noter également Jungle Fever qui expose un problème encore une fois d'actualité, la discrimination raciale, dans tous les sens. Dadou et Diesel nous dressent le portrait d'un couple (lui Blanc, elle Noire), et des tensions pesant sur leurs épaules, vis-à-vis de leurs parents et amis, qui les obligeront fatalement à se quitter.

Il ne faut pas oublier les featurings qui vont de pair avec les prods autres que celles de Robert puisque Pone (FF) réalise Ghetto Cocaïne dans lequel apparaît Don Choa lui aussi de la Fonky Family. DJ Mehdi s'est occupé de son côté du titre Artifices où les gros du 113 viennent poser leurs voix crapuleuses.

Une couleur de plus au drapeau s'inscrit désormais comme l'album phare du hip-hop toulousain. A l'image de Lyon ou de Rennes, les bons groupes underground sont nombreux, mais peu réussissent à percer au niveau national. KDD a réussi cette prouesse, et plutôt bien étant donné la qualité de ce dernier album qui se classe parmi les valeurs sûres du rap français…

par DJ shOre